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Combien de temps faut-il pour faire son deuil ? Le cœur n’a pas de calendrier

il y a 5 jours
10 min de lecture


Cela fait trois mois.

Ou six.

Ou deux ans.

Et quelqu’un finit par te demander :

« Ça va mieux maintenant ? »

Tu réponds oui.


Parce que tu n’as pas envie d’expliquer que tu travailles, que tu ris parfois, que tu fais les courses et que tu réponds aux messages… mais qu’une simple chanson peut encore ouvrir une trappe sous tes pieds.


Tu vas mieux.

Puis tu ne vas plus bien.

Puis tu recommences à respirer.


Et tu te demandes :

« Est-ce normal d’avoir encore aussi mal ? »


Tu regardes les autres continuer leur vie et tu as l’impression d’avoir raté une marche.

Comme si le deuil était un examen et que tu n’avais toujours pas rendu ta copie.


Alors posons immédiatement cette vérité :

Le cœur ne possède ni chronomètre, ni agenda partagé avec l’entourage.



Combien de temps dure un deuil ?


La réponse la plus honnête est frustrante :

Il n’existe pas de durée universelle.

La douleur dépend du lien avec la personne, des circonstances de sa mort, de ton histoire, de ton âge, de ton état de santé, du soutien que tu reçois et de tout ce que ce décès vient réveiller.


On ne vit pas de la même façon :

  • un décès attendu après une longue maladie

  • une mort brutale

  • le décès d’un enfant

  • la perte d’un conjoint

  • la mort d’un parent

  • un suicide

  • une relation conflictuelle ou inachevée

  • plusieurs deuils rapprochés


Deux personnes ayant perdu la même personne peuvent également vivre des deuils très différents.

Un frère peut pleurer quotidiennement.

L’autre peut reprendre rapidement le travail et sembler fonctionner normalement.

Cela ne signifie pas que l’un aimait davantage.

Nous ne souffrons pas tous avec le même langage.



Il n’existe pas un « bon » deuil


Certaines personnes ont besoin de parler.

D’autres ont besoin de silence.

Certaines regardent les photographies immédiatement.

D’autres ne peuvent pas ouvrir un album pendant plusieurs années.

Certaines veulent rester entourées.


D’autres ont besoin de s’isoler momentanément.

Certaines ressentent une douleur intense dès le décès.

D’autres restent en mode automatique et s’effondrent plus tard, lorsque les démarches sont terminées et que les proches ont repris leur vie.


Il n’existe pas une seule manière saine d’aimer.

Il n’existe donc pas une seule manière saine de perdre.

En revanche, il existe une différence entre un deuil douloureux qui continue à bouger et une souffrance qui semble avoir figé toute la vie.


La question n’est pas seulement :

« Depuis combien de temps souffres-tu ? »

Il faut également demander :

« Est-ce que ta douleur change, même lentement, ou occupe-t-elle toujours tout l’espace ? »



Faire son deuil ne signifie pas ne plus avoir mal


On parle souvent de « faire son deuil » comme on parle de faire sa valise ou de faire la vaisselle.

Une mission.

Une liste.

Une fois terminée, on ferme le placard et on passe à autre chose.

Mais on ne termine pas un lien humain comme on termine un dossier administratif.


Faire son deuil ne signifie pas :

  • oublier la personne

  • ne plus jamais pleurer

  • ne plus ressentir son absence

  • arrêter de parler d’elle

  • donner ou jeter toutes ses affaires

  • cesser de l’aimer

  • reprendre exactement la vie d’avant


La vie d’avant n’existe plus.

La personne est morte.

Et toi, tu as été transformé par sa vie comme par sa mort.


Faire son deuil, c’est progressivement apprendre à vivre dans cette nouvelle réalité.

Pas l’aimer.

Pas la trouver juste.

Mais arrêter d’attendre, à chaque instant, que l’ancien monde revienne.



Le deuil avance par vagues, pas par étapes


Tu peux penser que tu vas mieux.

Puis arrive un anniversaire.

Une fête de famille.

Une odeur.

Une naissance.

Un mariage.


Une réussite que tu aurais voulu raconter.

Ou une mauvaise journée pendant laquelle tu aurais aimé entendre cette voix.

La douleur revient.

Parfois aussi forte qu’au début.


Cela ne signifie pas que tu es revenu à la case départ.

Tu n’as pas effacé tout le chemin parcouru.

Tu rencontres simplement ton absence à un nouvel endroit.


Le deuil n’est pas une route droite.

C’est une mer.


Au début, les vagues sont immenses et très rapprochées.

Tu as à peine le temps de reprendre ton souffle avant que la suivante arrive.

Progressivement, elles peuvent s’espacer.


Certaines restent puissantes.

Mais tu apprends à les reconnaître, à respirer et à ne plus croire que chacune d’elles va te noyer.



Le véritable mouvement du deuil


Les modèles contemporains parlent d’un mouvement entre deux orientations.

VERS LA PERTE
Pleurer – se souvenir – ressentir le manque – parler du défunt – regarder les photos
↕
VERS LA RESTAURATION
Travailler – régler les démarches – prendre soin de soi – créer de nouveaux repères – retrouver des projets

Tu n’as pas à choisir entre les deux.

Tu peux consacrer un moment à tes souvenirs, puis regarder une série ridicule pendant deux heures.

Tu peux pleurer le matin et rire le soir.


Tu peux participer à un anniversaire sans cesser d’être endeuillé.

Ces mouvements ne sont pas des trahisons.

Ils permettent à ton système émotionnel de prendre de petites respirations.

Le modèle du double processus du deuil décrit cette oscillation entre la confrontation à la perte et l’adaptation à la vie quotidienne.


Une revue systématique conclut que ce modèle représente utilement la manière dont de nombreuses personnes s’adaptent au deuil.


Tu n’as pas besoin de rester dans la douleur pour rester fidèle à la personne que tu as aimée.



Pourquoi le deuil fatigue-t-il autant ?


Le deuil n’est pas uniquement une émotion.

C’est aussi un bouleversement physique et cognitif.

Ton cerveau doit intégrer une information qu’il refuse encore parfois de croire.


Pendant longtemps, il continue à chercher la personne.

Tu crois entendre sa voix.

Tu regardes ton téléphone.

Tu penses avoir aperçu sa silhouette.

Tu te réveilles pendant quelques secondes sans te souvenir qu’elle est morte.

Puis tu dois apprendre une nouvelle fois qu’elle n’est plus là.

Cette répétition épuise.


Le deuil peut s’accompagner de :

  • troubles du sommeil

  • fatigue importante

  • difficultés de concentration

  • oublis

  • oppression ou tensions physiques

  • variations de l’appétit

  • agitation

  • impression d’irréalité

  • baisse de motivation

  • hypersensibilité

  • besoin de s’isoler


Des travaux scientifiques décrivent notamment des perturbations du sommeil et différentes modifications physiologiques pendant le deuil, particulièrement dans les premiers mois.

Tu n’es donc pas « faible » parce que tu n’arrives plus à fonctionner comme avant.

Ton organisme traverse lui aussi la perte.



Comment fait-on concrètement son deuil ?


Il n’existe pas de bouton « accepter ».


Tu ne peux pas te réveiller un matin et décider :

« Voilà, aujourd’hui, j’ai terminé mon deuil entre 9 heures et 11 heures.

Ensuite, lessive. »

Mais certains mouvements peuvent accompagner la reconstruction.


Accepter que la réalité mette du temps à entrer

Savoir que quelqu’un est mort ne signifie pas encore que toutes les parties de toi ont intégré son absence.

Ton esprit le sait.

Ton corps continue parfois à attendre.

L’acceptation n’est pas une décision unique.

C’est une réalité qui entre progressivement.

Par petites touches.

À chaque fois que tu veux appeler.

À chaque événement sans la personne.

À chaque habitude qui doit être modifiée.


Mettre des mots sur ce qui a été perdu

Tu ne pleures peut-être pas uniquement une personne.


Tu peux pleurer :

  • une sécurité

  • un rôle

  • une identité

  • des projets

  • une maison

  • un avenir imaginé

  • les conversations qui n’auront pas lieu

  • la personne que tu étais auprès d’elle


Identifier précisément ce que tu as perdu permet de comprendre pourquoi certaines situations sont particulièrement douloureuses.


Autoriser les émotions contradictoires

Tu peux aimer la personne et lui en vouloir.

La regretter et ressentir du soulagement.

Être triste et rire sincèrement.

Souhaiter qu’elle soit encore là tout en sachant que sa souffrance devait cesser.

Ces contradictions ne rendent pas ton deuil faux.

Elles montrent que la relation était humaine.

Et les relations humaines ne sont presque jamais parfaitement lisses.

Sinon, nous nous attacherions à des tableaux Excel.


Prendre soin du corps qui traverse la perte

Lorsque tout paraît inutile, les gestes les plus simples comptent.

Manger suffisamment.

Boire.

Dormir lorsque cela est possible.

Marcher quelques minutes.

Prendre l’air.

Consulter un médecin si les symptômes physiques, la fatigue ou l’insomnie deviennent préoccupants.

Ce n’est pas dérisoire.

Un corps épuisé possède moins de ressources pour réguler une douleur émotionnelle immense.


Maintenir quelques liens

L’isolement peut être nécessaire par moments.

Mais disparaître complètement coupe aussi l’accès au soutien.

Tu n’as pas besoin de voir tout le monde.

Choisis une ou deux personnes capables d’écouter sans te donner immédiatement un mode d’emploi en douze étapes.


Tu peux leur dire clairement :

« Je n’ai pas besoin que tu trouves une solution.
J’ai seulement besoin que tu restes un peu avec moi. »

Créer des rituels personnels

Les rituels donnent une forme à ce qui paraît impossible à contenir.

Tu peux :

  • écrire une lettre

  • allumer une bougie

  • préparer son plat préféré

  • créer un album

  • planter un arbre

  • marcher dans un lieu important

  • écouter une musique

  • réunir les proches

  • conserver un objet symbolique

  • raconter son histoire aux enfants


Le rituel ne fait pas disparaître l’absence.

Il lui offre un endroit où se déposer.


Respecter aussi les moments sans chagrin

Tu as le droit de rire.

De partir en week-end.

De danser.

De tomber amoureux.

De ressentir du désir.

De reprendre un projet.

De passer une bonne journée sans penser constamment à la personne.

Ce n’est pas parce que tu recommences à vivre qu’elle comptait moins.


Le bonheur qui revient n’efface pas l’amour qui a existé.



Dois-je me débarrasser de ses affaires ?


Il n’existe aucune bonne date.

Tu peux avoir besoin de ranger rapidement.

Ou conserver les vêtements pendant longtemps.

Le problème n’est pas la vitesse.


La question est plutôt :

« Est-ce que ces objets m’aident à maintenir un lien apaisant ou m’empêchent-ils de reconnaître la réalité de la mort ? »

Tu peux avancer progressivement.


Garder certains objets.

En donner d’autres.

Créer une boîte de souvenirs.

Demander à un proche de t’aider.

Et surtout, éviter de prendre toutes les décisions dans les premiers jours lorsque cela n’est pas nécessaire.


Ranger les affaires ne range pas la personne.

Les conserver ne la fait pas revenir.

Le sens de ce geste t’appartient.



Continuer le lien autrement


Pendant longtemps, on a imaginé que « réussir » son deuil nécessitait de couper intérieurement le lien avec le défunt.

Aujourd’hui, les travaux sur les liens continus montrent qu’une relation symbolique peut subsister.


Tu peux continuer à penser à la personne.

À entendre intérieurement ses conseils.

À raconter son histoire.

À transmettre ses valeurs.

À cuisiner sa recette.

À prononcer son prénom.

À rire d’un souvenir.

Le lien n’est plus extérieur et réciproque.

Mais il peut devenir intérieur.


La recherche souligne cependant que ces liens ne sont pas automatiquement bons ou mauvais : leur effet dépend de la manière dont ils s’intègrent à la réalité de la perte et à la poursuite de la vie.


Faire son deuil, ce n’est pas fermer la porte sur ce que l’on a aimé.

C’est apprendre à continuer sa route sans attendre que cette porte s’ouvre à nouveau.



Pourquoi certaines dates font-elles si mal ?


Le premier anniversaire.

Le premier Noël.

La première fête des Mères ou des Pères.

L’anniversaire du décès.


Ces dates rendent l’absence particulièrement visible.

Mais une « date anniversaire » peut aussi être imprévisible.

Le corps se souvient parfois avant la tête.

Tu peux te sentir plus triste ou anxieux sans comprendre immédiatement pourquoi.


Puis réaliser que cette période correspond à l’hospitalisation, aux derniers échanges ou aux funérailles.

Prévoir ces moments peut aider.

Tu peux décider de ne pas rester seul.

Organiser un rituel.


Alléger ton emploi du temps.

Ou, au contraire, choisir une activité qui te reconnecte à la vie.

Tu n’es pas obligé de subir la journée comme une embuscade émotionnelle.


« Cela fait six mois, je devrais avoir terminé »


Non.

Six mois n’est pas une date limite.


L’Organisation mondiale de la Santé reconnaît aujourd’hui le trouble du deuil prolongé dans la CIM-11. Mais ce diagnostic ne repose pas simplement sur le fait d’être encore triste après plusieurs mois.


Il concerne une réponse de deuil persistante et envahissante, accompagnée d’une souffrance intense et d’une altération importante du fonctionnement, au-delà de ce qui est attendu dans le contexte culturel et social de la personne.


Autrement dit :

Pleurer encore ne signifie pas que ton deuil est pathologique.

Penser quotidiennement à la personne ne suffit pas non plus à poser un diagnostic.

Le temps compte, mais l’intensité, l’envahissement, le fonctionnement quotidien et le contexte comptent également.


Le calendrier ne diagnostique pas une souffrance à lui tout seul.



Quand demander de l’aide ?


Tu n’as pas besoin d’attendre d’être complètement détruit pour consulter.

Tu peux demander de l’aide simplement parce que tu ne veux plus porter cela seul.


Un accompagnement devient particulièrement important lorsque :

  • la douleur reste aussi envahissante qu’au premier jour

  • tu ne parviens plus à assurer les gestes essentiels du quotidien

  • tu t’isoles de plus en plus

  • tu ne ressens plus aucune possibilité d’avenir

  • tu évites tout ce qui rappelle la personne au point de ne plus vivre

  • tu te sens responsable de sa mort

  • tu consommes beaucoup d’alcool, de médicaments ou d’autres substances

  • tu souffres d’angoisses importantes

  • tu as vécu un décès brutal, violent ou traumatique

  • tu as des pensées suicidaires

  • ton entourage pense que tu vas bien alors que tu t’effondres intérieurement


Un professionnel ne fera pas disparaître la perte.

Mais il peut t’aider à comprendre ce qui maintient la souffrance figée, à différencier le deuil de la culpabilité ou du traumatisme et à retrouver progressivement une capacité à investir la vie.


Une récente revue systématique conclut notamment que la psychothérapie individuelle peut améliorer les symptômes du trouble du deuil, du chagrin et de la dépression chez certaines personnes endeuillées.



La reconstruction n’est pas un retour à l’ancienne version de toi


Tu ne vas probablement pas redevenir exactement la personne que tu étais avant.

Et ce n’est pas forcément l’objectif.

La reconstruction ne consiste pas à remettre chaque meuble à la même place après l’effondrement.

Certains ont été détruits.


D’autres ne correspondent plus à la personne que tu es devenue.

Se reconstruire, c’est créer un nouvel espace intérieur.

Avec la douleur.

Avec les souvenirs.

Avec ce que cette personne t’a donné.

Avec ce que sa mort t’a appris sur la fragilité de la vie.


Progressivement, tu peux recommencer à :

  • faire des projets

  • ressentir du plaisir sans culpabilité

  • créer de nouveaux liens

  • parler du défunt sans toujours t’effondrer

  • te souvenir de sa vie, et plus seulement de sa mort

  • imaginer un avenir qui n’efface pas le passé


La reconstruction ne remplace pas la personne.

Elle évite que son absence emporte également toute ta vie.



Tu n’as pas besoin de choisir entre te souvenir et vivre


C’est peut-être cela, le véritable enjeu du deuil.

Comprendre que continuer n’est pas abandonner.

Que rire n’est pas oublier.


Que rencontrer quelqu’un n’efface pas celui ou celle qui est mort.

Que faire de nouveaux projets ne signifie pas que l’ancien monde ne comptait pas.


Tu peux aimer une personne absente et rester présent à ta propre vie.

Tu peux porter les souvenirs sans leur demander de devenir ta seule maison.

Tu peux avancer sans tourner le dos.


La reconstruction commence lorsque tu comprends que vivre encore n’est pas une trahison.



Être accompagné dans son deuil et sa reconstruction


Le deuil peut réveiller d’anciennes blessures, fragiliser les relations et donner l’impression que plus personne ne comprend réellement ce que tu traverses.


Un accompagnement thérapeutique peut t’aider à :

  • mettre des mots sur la perte

  • accueillir la colère, la culpabilité ou le soulagement

  • comprendre pourquoi certaines vagues restent si violentes

  • retrouver des repères corporels et émotionnels

  • maintenir un lien intérieur qui ne t’empêche pas de vivre

  • traverser les dates sensibles

  • retrouver des projets sans culpabiliser

  • reconstruire une identité et un quotidien après la perte


J’accompagne les adultes, les adolescents, les enfants et les familles à mon cabinet situé au Marais Girard, à Bretignolles-sur-Mer en Vendée.


Les adultes et les parents peuvent également être accompagnés en visioconférence.

Tu n’as pas à oublier.

Tu n’as pas à aller mieux pour rassurer les autres.

Tu n’as pas à respecter une date limite.

Mais tu n’as pas non plus à rester seul dans une douleur qui t’empêche de vivre.


La personne est morte.

L’amour, lui, doit maintenant apprendre une nouvelle manière d’exister.


Leslie





Commentaires


Personne ne t'a appris à lire ton mode d'emploi émotionnel.

Pourtant, c'est souvent lui qui décide de tes réactions, de tes conflits...

et de tes relations.

Leslie Renault​

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Thérapeute à Brétignolles-sur-Mer, en Vendée — séances au cabinet et en visio.

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